Vive la grève !
De notre correspondant, Rodion Romanovitch Potiron.
La grève des éboueurs nantais vient finalement de prendre fin, si j'en juge par l'absence d'ordures et d'immondices en tas sous mes fenêtres. Je suis déçu.
Déçu, d'une part parce que Jean-Marc, notre coquin de maire, aura semble-t-il eu le dernier mot, déçu, d'autre part (et même, dirais-je : surtout) parce qu'une grève des éboueurs est un évènement extrêmement noble en soi.
C'est d'abord la ville jonchée de saloperies, comme au bon Moyen Âge. C'est un joyeux désordre, un aspect anormal des choses qui procure à l'honnête homme d'intenses sensations. Les voyages forment, dit-on, la jeunesse, et nous voilà à Naples ! Allons, mon âme, traîner par les rues qui descendent, enjambons les amas d'ordures pour rejoindre la Loire, nous dirons que c'est la mer et les mouettes hystériques oeuvreront au décor.
C'est ensuite une heureuse occasion de rire de nos concitoyens. On dit beaucoup des personnes âgées, mais, pardon ! C'est qu'on n'est pas allé voir le quidam et la grosse ménagère. Promenons-nous de par les rues qui montent, et ici la bourgeoise bio qui râle ... Elle en a assez des grèves, marre de la France, il lui tarde d'aller vivre en Taïlande où les gens, en attestent les reportages-évasions sur France 5, sont dévoués et serviables. Les Français sont des ploucs, l'élection du bel Obama ne leur a même pas fait entendre que le temps du tabac, des grèves et des bistrots était bel et bien mort. Place aux bars sans alcool, aux employés affables !
Enfin, une bonne vieille grève des trains, des poubelles ou de la poste, voila qui remet quelques pendules à l'heure. On aimerait aller dire à qui veut bien comprendre que si, précisément, la grève dérange, perturbe le quotidien, c'est que les grévistes occupent une fonction clef, donc noble. Mettez un commercial de chez SFR en grève, qui s'en apercevra ? Un animateur de la télévision ? Un acteur, une chanteuse ? Un gros directeur de chez Moltonel ?
Le fait est : la possibilité d'une grève trie le bon grain de l'ivraie, et la grandeur fondamentale des postes occupés par les individus dans la société est proportionnelle à la mesure dont ils emmerdent le monde quand ils cessent le travail. Une fois posé cela, toute disproportion entre le prestige, économique ou symbolique, accordé à une fonction et son utilité effective éclate au grand jour. C'est, grands enfants que nous sommes, que nous plaçons tout en haut de l'échelle de complets parasites (au premier chef desquels tous les télévisuels) et tout en bas des gens dont nous ne pouvons pas nous passer plus de quatre jours ...
Tout passe, tout lasse, cependant, et le monde comme il va reprend chacun de ses droits. Le tas d'ordures n'est plus et madame Bio peut enfin garer son Austin. Et nous, nous ne sommes plus à Naples, les vacances sont finies.
Hélas.


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4 commentaires:
yeah !
Raah Lovely!
Je vous remercie pour ce texte ; j'en apprécie le fond et la forme !
"l'emmerdement généré par une grève est proportionnel à l'importance sociale des grévistes" (approximativement)
ben oui
-grêve des sociologues ; on s'en bramle
-grêve des journalopes ; on s'en branle
-grêve des politicards ; on s'en branle
-grêve des lycéens ; on s'en branle
-grêve des contrôleurs d'impôts ; on s'en branle
-grêve des psychologues ;on s'en branle
j'ai tout bon là
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