L'enfant de France (1)
Ici transcrit ce que, sur un blog réacosphérique au hasard, on a certainement pu lire.
Scène 1 : L'élève moyen
Ainsi, amis lecteurs, me voilà qui tiens blog depuis longtemps déjà, qui entretiens des amitiés virtuelles, un réseau politique, qui m'épanche quotidiennement et qui me nourrit, et pour tout salaire mais avec quelle fringale, de vos nombreux commentaires. Moi ! Moi qui pense, moi qui dis, moi qui m'observe. Mais allons-y lecteurs, au bout des choses : disons clairement qui je suis.
Et soyons nets, allons aux faits :
Foutons-nous de l'enfance, de l'élève moyen à tout point de vue, fondu, confortablement évanoui parmi ses petits camarades. Commençons à treize ans, propulsons notre petit bourgeois de France, fils de notables de gauche, directement en classe de quatrième dans le petit collège de banlieue où Dieu sait pourquoi ses parents l'ont inscrit...
C'est la rentrée, l'été peine à partir. Le collège, diable, est toujours là, riant de ses dents de faïences jaunes et bleues, fier de son béton, de son placo-plâtre et de sa ferraille, enorgueilli par la peinture fraîche de son portail. Les tours de la cité voisine, narquoises, lui font cortège, et à deux pas le Lidl, le centre commercial, la zone pavillonnaire. A tout le moins minable, pour préciser, à tout le moins minable et combien loin du baron Haussmann et des collèges de centre ville ! Mais que voulez-vous, on s'en contente.
Ici comme partout, mais peut-être un peu plus ici qu'ailleurs à y bien regarder, la rentrée noue les estomacs fragiles. Me voilà, fils à papa timide, qui rejoins Calizzo, le bon gros Calizzo, mon seul et cher ami. Calizzo, voyez, c'est le bon camarade. La vérité, bien sûr, est que si nous traînons nos guêtres ensemble depuis la sixième, c'est avant tout parce que nous sommes voisins, parce que, peinant à nous intégrer au groupe, nous lier d'amitié était la seule issue, la seule échappatoire au triste sort des Rémis, ces pauvres hères grotesques qui vont seuls dans les couloirs de tous les collèges du monde. Et Calizzo, ce gros boutonneux pâle féru de jeux de rôles et d'informatique, ce binoclard niaiseux chié par la classe moyenne un froid matin d'octobre, ce collectionneur de cartes Magic, que voulez-vous, on s'en contente aussi.
Rentrée, donc, et cette année les établissements voisins nous font un délicieux présent : des cargaisons entières de mauvais éléments - mais l'expression ici est par trop surannée, disons tout de go de racailles folles furieuses, d'enfants du soleil à peine capables de se torcher le cul. Des manouches, des grands noirs, des arabes, des céfrans de la DDASS affublés de prénoms américains, un ou deux serbes, ou peut-être des croates. Bel arrivage ! Étonnant équipage ! Féerie des forces vives ! Et l'administration, toujours à l'affût d'une bonne blague, de la jouer fine en casant tout ce beau monde ensemble : deux pleines classes de grands prédateurs ! A la bonne heure ! Et, magie des probabilités ou sadisme enfantin du directeur, allons savoir, parmi ce bouillon d'inculture une pincée de bouffons, un doigt de bollos, une larme de victimes : en bref un fin choix d'andouilles gauloises placées au beau milieu de la cage, au nombre desquelles Calizzo et moi-même.
D'ordinaire affecté dans des classes d'intellos où végéte en fond de salle sans qu'on n'y prête trop attention l'une ou l'autre racaille paisible, je n'ai pas encore eu l'heur de me familiariser avec ce nouveau monde. Patience est toujours récompensée, à moi les vingt huit élèves hostiles, prêts à me dévorer, qui me feront connaître leur singulier solfège ...
(A SUIVRE ... )


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4 commentaires:
"...ces pauvres HÈRES grotesques..." et non pas "ères".
Vrai. Une honte !
Le fond de l'hère effraie !
aime des hères
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