24 octobre 2009

Tout va bien



Fallait-il s'y attendre, voilà que la presse et nos bons ministres fanfaronnent et glosent de concert sur ce que la France, sans doute poussée par ses forces vives, va de l'avant dans la bataille économique.

Arrière, sceptiques, car c'est qu'on a des chiffres ! 56 548 créations d'entreprises en septembre ! 425 769 depuis le début de l'année ! Et même, voilà déjà qu'on nous certifie via l'incomparable Hervé Novelli que "l'objectif de 500 000 créations d'entreprise en 2009 sera largement dépassé". Qui oserait dire mieux?

Et qui oserait, surtout, aller chercher le ver qui est au coeur du fruit, soit cet autre chiffre : 54% des dites entreprises crées depuis Janvier l'ont été sous statut d'autoentreprise. Cette bonne blague ! L'autoentreprise, ou l'illusion mesquine de parvenir... Vous connaissiez les joies de l'interim, les soleils se couchant sur le salarié-aventurier libre de ses vas et viens dans la jungle économique ... Lui a-t-on désormais accolé une médaille en chocolat, poussant la logique jusque au bout qui veut que chaque individu soit un petit entrepreneur avec un capital à vendre, à négocier.

Je, tu, il, nous sommes tous des chefs d'entreprises, à nous de proposer sur le divin marché qui notre force de travail, qui notre savoir-faire.

Sublime tour de force, quand on y pense, magie de la novlangue qui vous transforme en un claquement de doigts de pauvres ères précaires, sautillant de jobs merdiques en missions bidons, en de respectables petits patrons ayant affaires à mener. Vous qui savez poser du placo-plâtre, du carrelage, dire la messe en chinois ou marcher sur les mains, vos compétences valent de l'or : oubliez l'archaïsme du salariat, ses rigueurs et son poids, volez comme une plume vers les cieux d'une économie atomique.

Et à nous, bientôt, l'Icarie d'une concurrence libre et non faussée sur le marché du travail, à nous ses cinq commandements : atomicité; homogénéité des produits; transparence de l'information; libre entrée et sortie du marché; libre circulation des acteurs de production. Qu'il est beau, qu'il chante, sous pareils auspices, le dessein du travailleur... On ne vous dira pas que la plupart vivotent, touchent le RSA, on vous hurlera que des entreprises se créent.

On ne vous dira pas que le lendemain de l'intérimaire zigzaguant à vue entre missions au Super-U de Sympa-sur-Loire et jobs à la petite semaine est l'autoentreprise, très commode à y bien regarder pour les entrepreneurs, les vrais, qui n'ont plus désormais à s'encombrer des lourdeurs du droit salarial. Je ne fais plus appel ni à l'interim, ni aux CDD, je sous-traite ! Monsieur Tartignon n'est plus mon ankylosant employé, il est mon partenaire économique, et que d'avantages : il ne compte plus ses heures, je n'ai aucun compte à lui rendre, peux décider de me passer de ses services quand bon me semble sans m'acquitter de la moindre indemnité.

En somme, une véritable abolition du droit du travail célébrée partout comme la dynamique nouvelle, l'exemple à suivre de ces gens qui font bouger la France.

Et on oubliera bien sûr de dire que seulement quatre autoentrepreneurs sur six ont réalisé un chiffre d'affaire depuis le mois de Mars, et que, le cas échéant, ce dernier est généralement plus proche de la queue de cerise que du gros milliard.

A ce stade de l'histoire, le doute n'est plus possible : la relance est en route, on va de l'avant, dans le bon sens.

Ce qui, somme toute, est assez formidable.

8 commentaires:

Le guépard a dit…

Faut-il que tout bouge pour que rien ne change ?

Amiral Potiron a dit…

Ou inversement ?

Mr_Zlu a dit…

Est-ce que cela a à voir, telle la multiplication du pain par Jésus, avec la prolifération des sandwicheries "grecs" ?

(d'ailleurs, depuis quand les "grecs" portent-ils des moustaches, sentent mauvais et lâchent des "nardélamouk" à tout bout de champs ?)

Je suis pour un certain libéralisme économique. Mais cela ne peut pas marcher pour un groupe restreint de gens lorsque le reste de l'environnement ne l'est pas : on se fait baiser, si on essaie de l'être.

curieux de tout a dit…

"nardélamouk"

Z'êtes sûr que c'est du turc à moustache ? My translateur doesn't want find the traduction.

"Je suis pour un certain libéralisme économique. Mais cela ne peut pas marcher pour un groupe restreint de gens lorsque le reste de l'environnement ne l'est pas : on se fait baiser, si on essaie de l'être."

Moi je suis d'accord, mais seulement si on m'explique.

soph a dit…

Forts de leur indemnités de départ (licenciement est un gros mot non prononçable)durement obtenus mon cul et après une formation bidon et illusoire destinée à les transformer en Bocuse, ils iront par centaines acheter un four et une camion pour faire ici ou là des pizzas au coin du coin d'une rue non passante.
Ils crouleront plus vite qu'une bulle de pâte mais assez lentement pour ne plus avoir droit au chomdu une fois la carrière de chef terminée. Et pourtant, elles étaient bonnes les pizzas du Frédo diront les amis.
Et voilà une affaire qui finira bien. Des chômeurs à ne pas indemniser. Joie et bonheur au pays du RSA.

Anonyme a dit…

Vous auriez pu ajouter que sur le chiffre annoncé, combien ne sont que des transferts d'emplois, combien ne sont que des reprises d'activités existantes?
Parce que 500 000, faut pas pousser mémé dans les orties non plus.
Quel foutage de gueule.

Séb, c'est bien.

Lanternier a dit…

Tout cela est vrai.
Il y a, cependant, un avantage à être autoentrepreneur. Quand la justice veut vous prendre de l'argent de force - ce qui est ni plus ni moins qu'un racket -, par exemple en prélevant directement sur votre compte en banque, vous pouvez mettre vos sous sur le compte autoentrepreneur.
Et là, les magistrats, kaput. Ces salopards doivent faire une nouvelle procédure pour vous voler sur le compte autoentrepreneur. C'est un statut différent, ils l'ont dans le cul.

Même si, dans un futur proche, la procédure pourra sûrement aller vite : on ne va pas laisser les pauvres se protéger avec l'appui de la loi, non mais, 'manquerait plus que ça...

Amiral Potiron a dit…

"sur le chiffre annoncé, combien ne sont que des transferts d'emplois, combien ne sont que des reprises d'activités existantes?"

Tout à fait exact.

@ Lanternier : Je ne suis pas sûr que cet "avantage" là soit voulu ...