La parole est à Francis Lalanne
As: "Il n'y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l'homme qui chante, l'homme qui bénit, l'homme qui sacrifie et se sacrifie.
Le reste est fait pour le fouet."
Charles Baudelaire, " Mon cœur mis à nu ".
Aas: Merci au lapin malin pour le montage photo...
La parole est à Francis Lalanne
Panique samedi soir chez Laurent Ruquier, le zigouigoui rieur.
On y a invité, le niveau monte, Francis Lalanne pour parler de son "livre". Le spectacle fut terrible, de la niaiserie du show-biz qui tend à s'installer, à engluer les coeurs, à s'immiscer dans le cortex, à s'intégrer à l'âme du quidam comme s'intègre à son pied la chausette du vagabond qui depuis trop longtemps n'a pas ôté ses bottes.
Tout se vaut! Et c'est ce qu'a martelé Lalanne: "ne dites pas que c'est faux, dites que vous n'êtes pas d'accord. Ne dites pas que c'est nul, dites que vous n'aimez pas"... Ne dites pas que la terre n'est pas plate, dites que c'est votre point de vue!
Applaudissements d'un public glaireux, car c'est qu'on lui donnait son miel, sa confiture: le public veut de grandes envolées où tout est pareil, où Francis Lalanne vaut bien Verlaine, où ceux qui ne le comprennent pas sont, comme de juste, "fermés". Le public veut qu'on l'excuse de sa paresse, qu'on ne lui botte pas le cul, qu'on lui passe de n'avoir pas lu ce qu'il trouvait trop "chiant", trop "prise de tête", pas assez "LOL". Le public veut qu'on lui dise qu'au fond, des goûts et des couleurs, on ne saurait débattre, et il y aura des idéologues de gauche et des démagogues de droite -ou est-ce l'inverse- pour lui servir la soupe. Il y aura toujours des Bataille, des Fontaine pour dire qu'ils font dans le populaire, et que les pourfendre eux c'est pourfendre le bon peuple. Il y aura toujours des Bourdieu pour hurler à la violence symbolique quand viendra Mozart, et des Ruquier pour synthétiser le tout et asséner sans honte que les vers de Lalanne sont sympas, qu'on ne peut pas hiérarchiser.
Ah, mais... Pardon! Il y a qu'on peut quand même! Permettez qu'on mette un peu d'ordre, qu'on rappelle à toutes fins utiles qu'une bouteille de pisse ne vaut pas un Saint Emilion, qu'une flaque de chiasse ne saurait prétendre au goût d'un boeuf bourguignon, qu'un enfant qui dessine n'est pas Chasseriau, qu'un marteau-piqueur ne sonne pas comme Chostakovitch, que les indigestes barbouillis du palmipède Lalanne n'ont rien des soleils noirs de la mélancolie, de la chair triste, des hélas et autres livres lus, des Mignonne allons voir!
Bienvenue dans ce monde sordide, là où l'Histoire pourtant enseignait quelles peaux de bananes il fallait jeter aux bouffons dans un souverain mépris, bienvenue dans ce monde où les porcs siègent tout à côté du Prince.
Il y a l'homme et ses fâcheuses manies, il y a ceux, pour le meilleur et pour le pire, qui mènent à boire les troupeaux. Il y a que certains de ces meneurs savent la science de s'entourer bien, à leurs côtés Machiavel, Molière, ou Orff, ou Eisenstein, à leurs côtés les Grands.
Et il y a la dynastie des nains, asticotée par certaine main invisible, où dînent en ville les plus médiocres sangliers, où baisent la main du Roi les rats les plus porteurs de lèpre: Mireille Mathieu ou Cali, la chanson est la même... On les sacre sans aucune vergogne, on les prie à la cour pour dire leurs allégeances ou leurs fausses rancoeurs, sous le fracas, toujours, des applaudissements porcins du malheureux public.
Le cul-cul-la-praline est un art exaspérant, et qui a la dent dure. Demandez à n'importe quel boutonneux, il vous dira, comme Lalanne, qu'il ne "faut pas juger", alibi du médiocre embourbé dans son inculture. Et ce discours d'être omniprésent, partout crié et placardé, car c'est qu'il rapporte gros. Qui pour comprendre que dire d'une série américaine qu'elle vaut bien Les Fleurs du mal, c'est nier haut et fort le génie de Baudelaire? Et qui pour comprendre que nier haut et fort le génie de Baudelaire c'est faire ce que même les nazis n'avaient pas osé: mettre tout tête en bas, mettre l'art à mourir?
4+3= 2 n'est pas une théorie qui pourra un jour prétendre avoir même cours que la découverte de la fission nucléaire induite, du moins on l'espère, car il n'est pas de démocratie possible dans les Disciplines d'Or.
Dans un pays normal, les obèses à prénoms américains ne s'agglutineraient plus comme des animaux devant leurs téléviseurs... Et quand même ils le feraient, ce serait pour suivre des cours de grec ancien ou des factorisations de polynômes de haut degré, seuls programmes diffusés par la chaîne unique et d'Etat. Francis Lalanne et consorts, dans un pays normal, reviendraient à l'état de bons sauvages: ils se nourriraient de pommes de pins, vivraient nus dans les bois et joueraient de la lyre. De temps à autre les fermières, émues par leurs comptines, leur offriraient à voir leurs cuisses ou leur jetteraient quelques épluchures de patates à ronger.
Dans un pays normal, Ruquier serait le Sodomite Officiel du Prince, mais guère plus, et à chaque parole qu'il dirait la Reine lui flagellerait les fesses.
Dans un pays normal, l'homme, qu'il soit de peu ou d'importance, baisserait les yeux au passage de la Lettre, de la Note, du Trait et du Soldat, et il n'aurait pas l'arrogance, jamais, de se dire d'iceux sans pouvoir en répondre, par la Plume, l'Archet, le Pinceau ou l'Epée.
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23 commentaires:
Merci et bravo pour votre billet!
J'ai éprouvé aussi beaucoup d'écoeurement et de rage en voyant l'émission.
Et que dire du comportement de Bigard, servant la soupe à Lalanne!
Zemmour et Naulleau interdits de parole dans les faits, les deux autres leur braillant des insanités dans les oreilles et celles du malheureux public glaireux, comme vous dites. Nous avons visiblement beaucoup souffert pendant ces quelques heures...
Amiral, vous regardez vraiment la télé ? Si c'est le cas, c'est un sacré démenti à tous ceux qui disent que ça abruti. Parce que vous, même Quadrupani vous trouve du style et qu'on peut pas dire qu'il soit pro-télé, ce gars là.
La paire de bottes de Francis Lalanne vaut bien Shakespeare.
Comment osez, profane anonyme de 18h24, prétendre que je "regarde la télé"?
Quel affront!
Apprenez monsieur que l'homme du monde n'a pas besoin de ce bas ustensile pour savoir les choses de son siècle.
Personnellement, je lis dans les matières fécales de mon animal familier (en l'occurence un chat nommé Pompon Le Hérisson) et je vous jure devant Dieu que tout y est, des émissions de Ruquier au journal de 20h00.
"Et que dire du comportement de Bigard, servant la soupe à Lalanne!"Bigard a juste vu venir du "Cali" et a voulu calmer le jeu.
Je te retire direct de mon TOP FRIENDS Facebook Potiron !!!
Ce Bourdieu même dans la tombe il fait du mal. Hurler à la violence symbolique quand partout la grande culture s'invite dans les foyers
http://www.imdb.com/title/tt0086879/
, faut vraiment n'avoir honte de rien. Si c'est pour cracher dans la soupe, l'avait qu'à rester dans son trou çui là... Béarnais ! Paysan ! Niveleur !
Vous pouvez ironiser et vous placer en victime des atroces deschiens anti-Bourdieu, n'empêche que l'idée bourdivine de la méchante culture "savante" (qui va de la grammaire, ce fascisme, aux lettres classique, cette torture) qui discrimine et distingue, non contente de nous avoir donné les IUFM avec le succès qu'on sait ("Le niveau monte", hein...) reste aussi l'alibi idéologique de tous les démagos en vogue.
Ceux qui vous disent que c'est très vilain, voire élitiste, voire fasciste de donner de la cûltûûre au peuple, que ce dernier est trop con pour comprendre et qu'il ne faut pas le brusquer...qu'il lui faut du foot et de la star ac'.
Avec la crise il me semble que les doses de foot injectées à la radio et à la télé augmentent. Bientôt le 20h ne traitera QUE de foot.
"Victime"... Et "d'atroces deschiens" en plus ? Non mais vous rêvez ? Les arènes sont fermées et depuis belle lurette. Voyez-vous, je vis tout ce qu'il y a de plus pépère, personne ne me crache au visage; ni la boulangère, ni même les habitués du comptoir ou je prends mon café-croissant quand ils en sont déjà à l'apéro.
Vous moquez mon ironie, mais c'est vous le farceur. Je veux bien que le béarnais ait pu jouer un rôle dans ce qui nous arrive et même qu'il y ait pris un peu plus que sa part, mais de là à penser que ces idées aient eu une telle importance et qu'elles puissent être à l'origine des désastres en cours dans l'éducation ou ailleurs, cela me semble on ne peut plus ridicule. En tout cas, je ne conçois pas que le niveau ait pu baissé à un tel point, qu'on en arrive à proférez sérieusement de pareilles sottises.
La prochaine fois essayez au moins d'en rajouter une couche de méthode globale. Sinon, vous savez ce que j'aime particulièrement ? C'est quand on me parle du polpotisme enseignant. Zemour le fait à la perfection par exemple.
Vous croyez K ? J'ai l'impression que c'est comme ça à chaque printemps. Des qu'on approche de la fin du Championnat et des finales de coupes, ça s'emballe !
Ne vous inquiétez pas, c'est tout bon pour un lapin comme vous ça...
Vous savez bien ce que font les femmes dans ces moments là. Elles essayent d'oublier par tous les moyens ce qui arrive à leurs chéris respectifs. Bon d'accord, elles vont toujours au moins par deux, mais rien ne vous empêche de vous surpasser un soir de match.
Pas touche à votre Bourdieu, sans quoi nous voila illico transformés en imbéciles ou en Zemmour.
On ne vous parle pas d'un grand complot bourdivino-maçonnique, on vous dit juste qu'il a proposé -avec d'autres- de revoir les exigences en terme d'éducation à la baisse car il considérait ces exigences comme autant de "violences" sur les classes populaires. Ce qui revient à dire que lesdites classes ne sont pas capables d'apréhender certains certains concepts et enseignements, ne vous déplaise.
De plus, ne vous déplaise encore, cette ligne fut et reste très en vogue dans les départements de "sciences de l'éducation" où brillent de tous leurs feus d'augustes penseurs de type Baudelot et Establet. Cette ligne est également la pierre angulaire du plus monstrueux bébé du PS (après les colonnes de Buren): les IUFM, où des cinglés enseignent aux pauvres étudiants que l'élève est un citoyen ou qu'un ballon est un "référent rebondissant"...
C'est effectivement plus clair ainsi et finalement je comprends mieux votre insistance à nous parler de votre Bourdieu. Si, si, permettez, je vous le laisse, très peu pour moi en fait. Et puis, vous voyez, on finit par se rapprocher de ces tartines à la méthode globale. Hum ! J'en ai l'eau à la bouche !
"on vous dit juste qu'il a proposé -avec d'autres- de revoir les exigences en terme d'éducation à la baisse"
Vous êtes sûr que ce n'est pas juste un chouïa un peu plus compliqué que ça ?
"où des cinglés enseignent aux pauvres étudiants que l'élève est un citoyen ou qu'un ballon est un "référent rebondissant"..."
Question ballon, pour sûr, ça s'emballe ! Voyez K, c'est l'printemps !
"Cette ligne est également la pierre angulaire du plus monstrueux bébé du PS (après les colonnes de Buren): les IUFM"
L'idée n'est pas vraiment de moi, mais tout de même je vous la passe.
Buren est au dadaïsme d'Etat, ce que le PS était au temps où il était aux affaires: celui qui était là au bon moment. Voyez, pas la peine d'en faire tout un plat de VOTRE IUFM.
Un conseil juste pour finir, ne vous énervez pas comme ça. Vous risquez de nous lâcher en route à force. Et puis ce soir au Camp Nou, quand même quelle affiche ! Ce serait con de rater ça ...
L'élève est un "apprenant" SVP, ne trahissez pas la pensée du grand Mérieux (Arouuun Mérieux!).
Je ne vois pas bien ce qui vous permet de juger de mon état de tension.
Je vous laisse à vos arguments gros comme ça pour sauver le Grand Buren et le PS. Je vous laisse aussi au réel "plus compliqué que ça", tellement commode pour boter en touche.
"Botter en touche",
Comme vous y allez, c'est foot aujourd'hui on vous dit, pas rugby.
Si jamais vous repassez par là, ce qui serait sympa, c'est de penser à récupérer vos saletés là, vos Baudelot et Establet, votre PS et votre Buren.
Si je peux me permettre, la violence symbolique de Bourdieu, c'est pas du tout "le peuple est trop con donc il faut revoir les exigences d'education a la baisse".
La violence symbolique (dans l'éducation)c'est enseigner quelque chose de manière brute, en occultant la genèse de cette signification et les rapports de force qui en sont à l'origine, pour justement, mieux prendre le peuple pour un con, et mieux assoire un ordre établi. Ainsi, Bourdieu qualifie Mozart d'élitiste parce que sa musique est effectivement, à l'origine, à vocation avouée exclusivement élitiste: une musique ''divine'', uniquement écoutée par et destinée à un roi et sa cour. Il existait bien d'autres formes de musique à la même époque dont on entend jamais parler à l'école. Bourdieu regrette qu'on enseigne pas cela aux enfants sous prétextes qu'au vu des enseignant ça pourrait les dégouter de Mozart. On fourre un ''lexique culturel'' tout pré-digéré aux gosses, sans leur laisser la possibilité de développer leur libre-arbitre. Mais évidemment, le ''Mozart est élitiste'' de Bourdieu a été mal interprété... Bourdieu regrette aussi le célèbre ''voter est un droit et un devoir'' qui fait de l'enfant un citoyen.
Donc effectivement, c'était ''un peu plus compliqué que ça''.
@ Sakana:
Reste, une fois qu'on a dit que Mozart était "élitiste", et assurément il l'était, à savoir ce que l'on fait. On peut, à la manière d'un Bégaudeau, considérer que le slam et le rap conviennent mieux aux gosses des cités.
On peut aussi se dire que même socialement, religieusement et idéologiquement marqués, (mais comme le sont après tout les sciences physiques, les mathématiques, la chimie et toutes les inventions qui s'en suivent, de la roue à l'informatique en passant par internet...)les oeuvres de Mozart et autres sont des trésors à transmettre coûte que coûte.
Certains n'ont, et Bourdieu l'a assez brillament démontré, pas les clefs au départ pour apréhender ces oeuvres. Pourquoi alors laisser à la bourgeoisie le privilège de les leur confisquer? Qu'est-ce qui empêche de se faire "violence", justement, pour se les accaparer? Et qui a dit qu'apprendre, se former, se faisaient sans douleur?
"Qu'est-ce qui empêche de se faire "violence", justement, pour se les accaparer? Et qui a dit qu'apprendre, se former, se faisaient sans douleur?"
Il en redemande le bougre ! Pourtant un pan sur le bec, ça fait mal.... et derrière, j'vous dis pas la moraline comme ça dégouline.
Tiens, vous m'avez inspiré une note... Ou plutôt un remake de note, d'ailleurs.
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