Politiquement ché-bran
Le monde des idées ressemble aux trottoirs des stations balnéaires en été…Il est toujours exaspérant pour l’esprit critique d’y dénombrer chaque année la même ribambelle de coquets arborant avec un pâle dédain le look chic du moment. Il en va du prêt-à-porter comme du prêt-à-penser, des lunettes géantes, des franges, des chaussures pointues comme des slogans, des poses et des mots-clefs.
Politiquement incorrect ! Voilà un concept qui marche très fort depuis quelques saisons déjà…Il est le chic du chic, et son contraire, le politiquement correct, fait figure de ringardise la plus achevée.
Comme souvent dans la mode, il y a le pur-sucre, l’avant-garde, et la vilaine copie, le plagiat éhonté. Si chez les pédaloïdes techntonicisés, le pantalon slim est de rigueur, chez le néo-réac, le politiquement incorrect est une position obligatoire à observer vaille que vaille.
Ensuite viennent toutes les déclinaisons…
Car il y a dandy et dandy, néo-réac et néo-réac, et on peut subdiviser : il y a incorrection politique correcte, et incorrection politique incorrecte. Avançons-nous encore un peu, n’ayons pas peur des mots : il y a incorrection politique correcte correcte, incorrection politique correcte incorrecte, incorrection politique incorrecte correcte et incorrection politique incorrecte incorrecte…Compliqué ? N’oublions pas que la mode est le hobby de ces dames…
Parfois, il arrive qu’on se dispute la précieuse étiquette comme deux poufiasses se disputeraient un débardeur chez Pimkie…gare aux griffes ! Par exemple, le cirque israélo-palestinien et ses succursales déployées en Europe font que deux camps ennemis tirent vers eux la couverture du politiquement incorrect avec la plus véhémente jalousie. Selon Alain Finkielkraut, drapé dans sa collection automne-hivers, la critique du sionisme est la posture dominante, brandie par une gauche caviar toujours prompte à enfiler à peu de frais le costume de la résistance. Une fois la chose établie, Finkielkraut peut se dandiner à loisir dans la toge du grand-méchant-loup qui choque les bienpensants.
Pour un soralien de base, en revanche, l’ingrédient le plus fin du mets anticonformiste sera la dénonciation braillarde du crypto-sionisme qui gangrènerait toutes nos institutions.
Certains frappent même plus fort : l’élégant Dantec jubile quand son manteau pro-américain choque les béni oui-oui pleins de bons sentiments, qui ne veulent pas admettre quel joyeux feu d’artifice était la destruction d’Hiroshima et de Nagasaki…
D’autres encore seront les éternels victimes de la pensée unique, islamo-soviétisme qui se cramponne à la négation autiste du caractère intrinsèquement nazi de l’islam. Et certains, comme Semi-kebab, enfonceront le clou en décelant un complot sioniste jusque dans la consistance douteuse de leur défécation.
Ensuite viennent les ringards. Les « je vais encore me faire un tas d’ennemis, mais.. » lancés par un Alain Madelin plus punk que jamais, les « attention : ce qui suit va à l’encontre de la pensée unique » en exergue des clips de campagne de l’ump…Ruée générale sur le « on ne peut plus rien dire » de circonstance, on se l’arrache, hâtez-vous mesdames, c’est bradé !
Il y a deux techniques en vogue pour porter le politiquement incorrect : soit on en appose la marque sur une idée lambda…technique publicitaire classique : on dit que la lessive fait des miracles, et le simple fait de le dire suffit. Ainsi, selon les tendances, gagner beaucoup d’argent, écouter Mireille Mathieu, rouler en 4x4, porter une cravate, aimer Jacques Attali, deviendront des positions anticonformistes… « je ne veux plus que « réussir » soit un mot coupable » nous dit l’américain…la messe est dite, la réussite sociale était avant lui conchiée par une société rétrograde, elle fera désormais son coming-out !
Deuxième technique : surenchérir dans la position qui fâche, histoire à coup sûr de se faire des ennemis. Pour l’ami Soral, par exemple, la banderole anti-ch'tis est un haut bijou de la subversion, et, partant, quiconque n’en goûte pas la fine astuce est un conformiste grotesque qui navigue entre BHL et Isabelle Alonzo…(Alors que chez nous, en province, le fait d’arme nous a plus avant conforté dans l’idée que le parisien est au choix un ped’ branchouille, une caillera débile ou un abruti endemolisé ,qui méprisent les « petits » provinciaux… « Paris, Paris, on t’encule ! » se chante toujours aussi bien sous la douche…).
Bref.
A ce compte, facile d’être à la mode : je déclare que Fourniret est génial, que cette idée est parfaitement anticonformiste et que, par conséquent, celui qui va à son encontre n’est qu'un encarté au PS abonné aux inrockuptibles.
Alors quid ? Comment démêler l’histoire ? Élisabeth Levy nous dit que l’antisémitisme est le nouveau chic bobo, la nouvelle parure des « modernes » chers à Kundera et à Finkielkraut, Soral nous dit le contraire…Quand tout le monde dit qu’il « dérange » les croyances établies comment s’y retrouver ?
N’ayez crainte, Ô mes frères, que je vois tout chamboulés…Le cégébé est là.
Le surfeur aime les vagues, le trublion aime le complexe, aussi convient-il de forger sa propre dialectique pour, patiemment, trier le bon grain de l’ivraie. Les sciences humaines nous apprennent à définir les concepts avant toute chose : le politiquement correct, si l’on est raisonnable, on le verra comme la pensée dominante, autrement dit la pensée de l’empire, autrement dit la pensée du plus fort. Et, puisque nous ne sommes pas monomaniaques, on ne cherchera pas à n’importe quel prix à s’inscrire dans le politiquement incorrect, juste pour y être…Laissons cela aux boutonneux, que diable !
Il suffit de trouver la bonne grille pour que les masques tombent.
Voilà pourquoi le cégébiste peut lire à la fois Finkielkraut et Soral, écouter du rap et du rif, manger des pâtes et du riz...
Voilà pourquoi le cégébiste n'est ni un bobo de gauche qui veut sauver les dauphins, ni un bobo de droite qui veut choquer sa mémé, voilà pourquoi le cégébiste n'est pas un animal de mode.
Voilà pourquoi, en somme, le cégébiste est de loin le plus malin.
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24 commentaires:
Y'a pas a dire, c'est bien vu... Quand on pense que meme Bedos se dit politiquement incorrect, ca donne pas vraiment envie...
Oui, enfin, ça ne date pas d'hier que le politiquement correct est toujours l'autre, de même que la pensée unique est toujours celle mise en avant par l'autre. Sans oublier le "complexe" du réel et, ça tombe bien, de sa propre pensée, qui s'oppose au "simplisme" de l'autre. Etc.
Partons plutôt du principe que le politiquement correct n'existe pas. C'est peut-être inexact, mais c'est plus sûr et meilleur pour l'esprit que de chercher une mythique "bonne grille" qui sera toujours contestable et contestée.
Voilà aussi pourquoi l'ilysien est plus malin que le cégébiste.
Blueberry,
votre postulat est bon mais votre conclusion est totalement a cote de la plaque.
Certes, le politiquement correct est toujours l'autre mais le but du punk apocalyptique que nous aspirons tous a devenir est bel et bien d'etre politiquement incorrect. Parc consequent la posture la plus politiquement incorrecte, et ce en toutes circonstances, est d'etre politiquement correct!
Et c'est pour cela que le brevistes est reconnu pour sa puissance mentale superieure a tous et a tout.
Blueberry, ou tu as mal lu, ou je ne suis pas clair...
Le "politiquement correct" est à géométrie variable tant qu'on ne le définit pas.Une fois qu'on fait cet effort, la grille n'est pas "mythique" mais bien réèlle.
Quant à savoir si la chose date d'hier ou non, on n'en sait rien, puisqu'on te dit qu'on ne fait pas dans la mode.
Libre aux ilysiens de véhiculer des pistes de réflexion plus in et plus en vogue...;-)
Woland > C'est trop politiquement correct de s'afficher politiquement correct pour tenter d'être politiquement incorrect.
Potiron > J'ai bien lu et tu es très clair. C'est moi qui ne doit pas l'être. Ce que je disais, donc, c'est qu'il est impossible et néfaste de définir une grille du politiquement correct, de la pensée unique, etc. A moins de vouloir rentrer dans des débats sans fin avec ceux qui s'écriront contre la grille. Et puis, de toute manière, pour ma part, je ne reconnais pas ces termes. Et puis je suis un gros con très chiant aussi.
Pour mémoire Frédéric Bonnaud, tenait et tient peut-être encore dans l´émission "Le grand direct", de Jean-Marc Morandini sur Europe1 une chronique qui s'appelle : "Politiquement incorrect"
C'est dire le niveau de récup...
Tiens Blueberry, je te cite dans ce billet.
http://culturalgangbang.blogspot.com/2008/07/nos-chers-petits-sauvageons.html
Moi je dis une chose : le politiquement incorrect se juge à l'aune des procés et ratonnades qu'on récolte.
Le reste c'est de la posture.
A ce jeu là le plus gros empêcheur de chier en rond c'est faurrisson.
A coté GG alin est une lopette conformiste MDR
http://fr.youtube.com/watch?v=4eMjBv6k0uE&eurl=http://www.facebook.com/profile.php?id=550287825
Paix à son âme.
Hé oui, la judiciarisation de la pensée te métamorphose n'importe quelle chèvre en superhéroïne martyr.
« D’un coté les cons, de l’autre l’élite.
Vive nous ! »
Hahaha ! Plus j’entends cette devise, plus ça me fais marrer.
Bah merde, c'est une sacré chèvre alors. Tu l'as lu au moins ?
Tiens, un entretien intéressant à lire :
http://www.plumenclume.net//textes/2008/Revisos/Confid1160208.htm
Tu enlèves son aura de martyr judiciaire, il perd 95% de son lectorat qui actuellement se précipite sur ses écrits.
Je ne l'ai pas encore lu, mais vu le nombre de commentaires en si peu de temps, ça a l'air intéressant.
@-K-
Peut-être bien, mais c'est pas seulement un martyr, faut pas croire... Si ses comptes rendus de procés sont pas pipotés, c'est aussi un redoutable orateur : les juges en viennent à conclure que ses travaux sont rigoureux et que c'est pour ça qu'il est d'autant plus dangereux.
Il est assez doué pour pousser la partie adverse dans ses retranchement jusqu'à révéler l'absurdité des procédures à son encontre.
Et je trouve qu'il écrit bien en plus. C'est un amateur de Celine qui ne se contente pas de plagier le maître.
Maintenant si je ne partage pas ton postulat en ce qui concerne faurrisson, je pense qu'il s'applique plutôt bien à semi-kebab par exemple.
Je pense que tant que ces lois existeront, n'importe qui pourra en profiter pour gagner une médaille de martyr.
Quant aux gens peut-être plus sérieux que les autres...
L'invective et l'ironie grinçante de Céline ou de Rebatet c'est très beau, mais pas pour faire de la science. La littérature se marie mal avec le sérieux nécessaire à la pratique de l'histoire. Ceci dit, je suis pour la libre expression si cher aux américains, qui permet les vrai débats, pas les guérillas sous proxy.
Aujourd’hui, je me suis acheté un sandwich grec-frite sauce mayonnaise et sans oignons, parce que j’avais la flemme de me cuisiner un vrai repas de souchien. À votre avis, suis-je politiquement correct ou incorrect ?
A mon avis... En ce moment tu pues quand même de la gueule, même sans les oignons...
Le conformisme pour subversion, y'a que cela de vrai...
Délocalisons nos immigrés, usinons l'immigration.
Morts aux syndicat et retour aux guildes
Tito à paris et en banlieux parisienne!!!
Vive la théocratie tibétaine
Vive l'IVG, qui me permet baisé toute ces putes sans responsabilité
Vive l'euthanasie comme nouveau régime des retraites, bon débarras les vieux, les veillesses c'est moche
Vive le communisme et sa réforme de l'humanité qui nous sauvera des culs béni et des artificiers du prophete, et uniformiras cet amas de diversités dégénérés, déviant sexuels et j'en passe
Vive le fascisme qui nous débarrassera de tous ces demeurés de bonehead qui font honte à la civilisation
Vive l'islam modéré qui se bourre la gueule, mange du porc, déraciné, inculte et baisable
Vive le sionnisme qui nous débarasse de tous ces juifs, qu'ils retournent dans leur pays
Vive sarkozy et tous les chefs d'etat d'origine haustro-hongrois
Vive la racaille inculte qui me promait un poste d'associatieux en banlieux, poesie et sushie,
Vive les FAF, France aux Finlandais
Très bon article! Je me souviens d'avoir eu le projet d'un mémoire universitaire (du temps où j'étais assez con pour)sur le politiquement correct, au début des années 90. Je bossais dessus, je rassemblais de la doc sur les campus américains où cette lèpre de sottise flicarde sévissait, sûr de bousculer les choses... lorsque j'entendis Jacques Chirac, oui, le RPR Jacques Chirac, pas encore Président de la République, dire à la radio qu'il ne comptait pas être politiquement correct, ou une phrase dans ce genre. Je compris alors que les choses étaient déjà foutues (en tous cas pour mon mémoire) et que la récup était trop avancée pour tenter l'opération...
A part ça, je crois qu'il faut se méfier de ne pas confondre trop simplement "bons sentiments" et "politiquement correct", ce serait un contre sens. Bien des adeptes du politiquement correct ne manient d'ailleurs pas particulièrement les bons sentiments, surtout avec leur prétention à dire non seulement leurs opinions, mais aussi à imprimer leur marque sur le langage, excluant toute autre façon de s'exprimer. A l'origine, ne l'oublions pas, il s'agit d'une attaque contre le langage, en vue de "protéger" certains groupes, ou sous groupes, certaines parties le plus souvent minoritaires de la société (les Indiens, les Noirs, les handicapés, les femmes, etc). Le PCF a parfaitement intégré ça en utilisant l'expression officielle "les hommes et les femmes de ce pays", à la place de "les français", surtout pendant l'ère Hue. En disant "les hommes et les femmes de ce pays", on avait l'ambition de parler à tous ceux que le terme "français" excluent de facto... On a vu le résultat. Aujourd'hui, il n'y a pratiquement plus aucun politique qui se risque à dire "les français", bien que la langue l'y autorise, à la place de "les françaises et les français". Le politiquement correct, il me semble que c'est avant tout cela: une volonté de réforme du langage visant à réformer les moeurs, les opinions et donc la société par extension. J'ai l'impression qu'on le confond trop souvent avec la simple expression d'une pseudo opinion convenue, majoritaire, médiatiquement répandue, et généralement "généreuse".
Bien vu!
Pour ma part, je voyais ce que tu décris comme un symptome orwellien, la fameuse novlang. Mais on peu l'envisager aussi comme ça, c'est pas con.
... le parallèle orwélien est parfaitement adapté, à ceci près qu'il ne s'agit pas d'une langue imposée d'en haut, mais bien par des groupes de pression, des lobbies, une pseudo caste moralisante et active, des associatifs, des intellos divers, etc. Orwell n'a pas prévu que la "dictature" prendrait cette forme-ci, ni que la police de la pensée serait faite par "le bas". On trouve également cet assaut contre le langage dans les think tanks ultralibéraux, dès la fin des années 70, pour imposer progressivement des idées comme "naturelles" alors qu'elles ne sont que des opinions ou des doctrines (le libre marché, la concurrence, par exemple). On n'est plus alors dans le politiquement correct au sens strict, mais dans des techniques qui sont exactement les mêmes. Et là encore, nous n'avons pas un Etat gros et méchant qui braque des flingues sur le peuple, nous avons des enculés qui essaient de faire prévaloir leurs vues sur des pauvres cons (nous) en violant la langue. Le mot, c'est la vie.
Absolument.
D'ailleurs en cela nos braves CPF se font triplement baiser quand les bobos font l'éloge de leurs trois mots de vocabulaire.
Sur msn ou autres, des amis me chambrent parce que j'essaie demployer un vocabulaire plus au moins correct (malgré quelques problèmes d'orthographe), délaissant le langage texto...La chose est symptomatique:le cadre en baskets et le prof "cool" vont main dans la main pour stigmatiser les "habitus" du réac: la grammaire serait le fascisme, qu'on se le dise!
Pour ce qui est du "politiquement correct", on peut y voir le truchement de la langue, la pression des jargons marchands qui sur l'universel voudraient avoir table ouverte. Et, par glissement sémantique,par extension la chose peut aussi désigner un périmètre d'expression à ne pas franchir sous peine de sanction...
http://kroulik.blogspot.com/2008/02/la-bien-pensance-en-guerre-contre-les.html
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